(jb_ @ jeudi 17 janvier 2008 à 15:19 a écrit : Par contre, je ne vois pas trop comment gérer le cas des professions libérales...
Les professions libérales se classent clairement dans la petite bourgeoisie, et meme d'une certaine façon dans la petite bourgeoisie traditionnelle dans la mesure où elles possèdent leurs "moyens de production", qui sont, en l'occurence, le cabinet du médecin, de l'architecte ou de l'avocat, l'étude du notaire, de l'avoué ou de l'huissier etc.
Pour en revenir à la façon de déterminer les classes sociales, un des critères utilisés est aussi la création de plus value. Le mineur qui extrait le charbon, le minerai et l'ouvrier qui transforme ensuite cette matière première se distinguent ainsi clairement du chef, du directeur, du cadre et bien sur du propriétaire et des actionnaires de l'entreprise qui ne créent pas de plus value. Mais l'affaire se complique évidemment, surtout avec l'évolution des techniques de production et de la société. Comment considérer les travailleurs qui transportent les produits, les stockent, les distribuent, et sans lesquels ces produits ne pourraient pas être mis sur le marché ? Doit-on considérer qu'ils ajoutent de la valeur aux produits ou qu'ils vivent eux aussi de la plus value produite par les seuls ouvriers de fabrication ? De plus, une partie du personnel de fabrication est remplacé aujourd'hui par des techniciens ou des ouvriers professionnels très qualifiés qui ne manient plus directement les produits mais utilisent des machines à commandes numériques etc. Si on veut déterminer de façon purement économique les contours de la classe ouvrière, on se trouve donc face à un vrai casse-tête ! Lequel a suscité d'innombrables et complexes débats. Il y avait même des gens qui expliquaient doctement, dès les années soixante, que la classe ouvrière était en voie de disparition en raison de la mécanisation de la production. Bref que la société ne compterait plus que... des classes moyennes. Exit donc la lutte de classes, selon leurs analyses et sans doute les rêves d'une partie d'entre eux.
Au delà de ces analyses, il nous semble évident qu'un cheminot, aussi bien un roulant qu'un guichetier ou un préposé aux aiguillages (sans compter les ouvriers d'entretien qui eux produisent de la plus value) appartient à la classe ouvrière, de même qu'un postier, une caissière de supermarché, un serveur de Macdo ou un livreur de pizza. Ne nous cassons donc pas trop la tête : c'est aussi dans la lutte que les frontières de classe s'établissent, du moins pour les catégories "litigieuses".
Enfin, si la petite bourgeoise salariée s'est développée, inversement un certain nombre de professions se sont prolétarisées : employés de bureau, de banque, d'assurance etc réduits à des taches d'exécution (alors qu'ils étaient considérés comme des "collaborateurs" du patron et des privilégiés par rapport aux ouvriers au 19ème siècle, mais aussi une partie des journalistes, comme l'armée de pigistes sous-payés, et même dans une certaine mesure artistes - comme les intermittents du spectacle. On peut discuter éternellement pour savoir si ces dernières catégories appartiennent au prolétariat ou à la petite bourgeoisie pauvre, mais ils sont de toute évidence les alliés de la classe ouvrière !
Il n'en va plus vraiment de même aujourd'hui des paysans et des commerçants, qui formaient le gros de la petite bourgeoisie au début du 20ème siècle, car, du moins en France, il n'y a pratiquement plus de paysans pauvres cultivant une exploitation familiale et les petits commerçants sont en voie d'extinction face à la concurrence de la grande distribution et des réseaux.