Le mouvement ouvrier et ses oscillations

Marxisme et mouvement ouvrier.

Le mouvement ouvrier et ses oscillations

Message par Sinoue » 14 Oct 2026, 18:19

Je reprends une citation de Artza présente dans la partie "Politique française", et qui concerne le sujet "Sur les sites du NPA".

"Sur le temps long notre recul ça remonte à ...1923."

Je suis d'accord avec cette assertion, le chapitre 1917 se clôt par une trahison de l'intérieur. Le prestige d'octobre se prolongera durant bien des décennies, mais chapeauté par la bureaucratie Stalinienne qui s'évertuera à étouffer toute forme de renouveau ouvrier, main dans la main avec les puissances capitalistes sur ce sujet, les partis Staliniens maintiendront sous leur coupe les formes d'organisations ouvrières afin de les scléroser dans des politiques nationalistes et auto-destructrices.

Maintenant la question est: pourquoi cette période de recul dure aussi longtemps? Je trouve que les camarades y trouvent une seule et même explication: les trahisons social-démocrate dans un premier temps, puis Stalinienne dans un second. C'est vrai, mais je ne trouve pas cela assez suffisant, les organisations ouvrières précédentes avaient aussi montré ces tendances avant que cela se révèle dramatiquement à échelle internationale; je pense aux fabianistes anglais aboutissant au Labour de collaboration de classe, ou aux "chevaliers du travail" américains se limitant à la classe ouvrière bien de chez eux. Les travailleurs d'aujourd'hui ne croient pas en leur force, mais même de façon inconsciente, ce n'est pas seulement pour cause de ce qui s'est passé il y a plus d'un siècle. Le PS et le PC ne sont plus depuis longtemps des partis ouvriers, et LFI ne comble pas non plus ce rôle. Depuis ses débuts le capital s'échine à corrompre les organisations ouvrières, avec autant de facilité qu'il a le moyen de disséminer la plus-value grassement en calculant sa redistribution.

Donc quelles autres explications? Vaste débat, mais on constate que le capitalisme a changé de "rythme" depuis 1945: ses crises sont moins fréquentes et moins profondes, disons qu'il s'enfonce dans une crise latente depuis 50 ans. Il ne donne plus lieu à de grandes guerres de redistribution des cartes entre puissances impérialistes. Ces dernières n'emploient plus les moyens fascistes afin de régler leur compte aux récalcitrants. Et surtout les organisations se revendiquant des intérêts ouvriers se voient limitées à une influence "quantique" au sein de sa classe de prédilection. Autant Trotsky avait bien analysé ce recul en subissant au plus près le Stalinisme triomphant, autant ses descendants ne donnent pas d'explication quant à la période de recul ayant suivi la mort du tonton. La classe ouvrière n'a jamais été aussi nombreuse, son exploitation s'aggrave encore chaque année, des explosions de colère émanent un peu partout dans le monde... et pourtant la classe exploitée ne montre que très peu de velléités d'organisation, et ce depuis plus d'un siècle. Quand je discute avec des potes gauchistes qui m'expliquent le contraire, je prends l'exemple du parti communiste chinois pendant les années 20, où profitant du pic révolutionnaire de 1925-27 voyait ses effectifs se démultiplier comme un virus dans un organisme à la vitesse de l'électricité; phénomène dont aucune organisation révolutionnaire peut se vanter aujourd'hui.

Le but n'est pas de blablater sur cette "période qui dure", mais de comprendre ce long moisissement afin d'éviter le découragement qui a saisi tant de générations nous précédant. L'explication des camarades "c'est la période" ne suffit pas à un militant qui souhaite s'investir pour la classe ouvrière sur du long terme, sachant qu'il ne faut pas non plus sombrer dans l'enthousiasme fantasmé de tant d'organisations gauchistes/opportunistes voisines de LO. Force est de constater que la période de guerres et de révolutions décrite par Trotsky dans "la révolution permanente" n'est plus d'actualité depuis plus de 80 ans, en tout cas pas pour les révolutions. Comment analyser cette nouvelle période qui suit la mort violente du tonton?
Sinoue
 
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Re: Le mouvement ouvrier et ses oscillations

Message par com_71 » 14 Oct 2026, 20:29

Les masses, un peu partout, n'ont jamais cessé d'être présentes depuis la fin de la 2ème guerre mondiale, avec leur combativité et, encore en 1956 en Hongrie, leurs soviets et leurs armes. Partout elles ont trouvé un désert au lieu et place de direction révolutionnaire, avec comme conséquences des répressions sanglantes. Ce n'est pas une analyse suffisamment "profonde" ? Peut-être. C'est en tout cas un bilan à tirer, et un vide à combler pour le mouvement trotskyste.
Par ailleurs (pas tant que ça finalement), si des proches ont surnommé familièrement Trotsky "l'oncle", aucune trace de l'usage de "tonton" !
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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com_71
 
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