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Oxygen Not Included - le marxisme au cœur de l'astéroïde

Message Publié : 11 Juil 2026, 19:14
par Gayraud de Mazars
Salut camarades,

Pour les amateurs de jeux vidéos intelligents, voici la présentation de l'ONI...

De la survie à la planification : le marxisme au cœur de l'astéroïde
Par Alec Desbordes

Oxygèn not included.jpg
ONI !
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Le jeu vidéo Oxygen Not Included, aussi connu par ses joueurs sous l’acronyme ONI, est un jeu de survie et de gestion de colonie spatiale. Le titre, « l’oxygène n’est pas inclus », résume bien l’ambiance générale : s’assurer que nos colons, appelés duplicants, puissent respirer, sinon… Mais les problèmes ne se limitent pas à la présence de gaz respirables. Il faut aussi surveiller l’approvisionnement calorique, la température à travers la base pour éviter la surchauffe des machines, la solidité du système électrique ou encore le confort des duplicants, car un travailleur bien loti est un travailleur productif.

Revenons en arrière. On commence une partie avec trois duplicants, au cœur d’un astéroïde, sans vraiment savoir comment on s’est retrouvé là. On sait juste qu’on a émergé d’un portail de téléportation unidirectionnel. Il est alors nécessaire de survivre et de développer la colonie. Ce qui est intéressant avec ONI, c’est qu’il n’y a pas de mécanismes monétaires ou marchands. En effet, il n’y a pas d’autres civilisations avec qui commercer, et l’organisation interne de la colonie se fait par d’autres procédés. Le jeu épouse alors assez naturellement un concept fondamental du marxisme : la théorie de la valeur. Hors des forces productives primaires, on commence avec quelques barres énergétiques et on reçoit de nouveaux duplicants de manière régulière, tout doit être créé par le biais du travail. La construction de l’infrastructure et l’opération des machines permettent aux duplicants de développer une colonie de plus en plus moderne et automatisée. Mais le travail mort, cristallisé dans les machines, s’épuise. Il faut donc régulièrement entretenir, nettoyer et rafistoler nos moyens de production. Toutes nos richesses trouvent à leur source le travail, mais pas seulement…

Dans la Critique du programme de Gotha, Marx nous rappelle que « Le travail n'est pas la source de toute richesse. La nature est tout autant la source des valeurs d'usage (qui sont bien, tout de même, la richesse réelle !) que le travail, qui n'est lui-même que l'expression d'une force naturelle, la force de travail de l'homme ». ONI illustre à la perfection cette analyse. Car, dans le jeu, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Il nous faudra miner du granite, du sable ou de la terre pour construire nos premiers murs. Il nous faudra pomper de l’eau pour faire fonctionner nos toilettes et consommer du charbon pour produire de l’électricité. On peut suivre nos stocks, centralisés ou éparpillés, par kilogramme ou par tonne, de chaque matière et chaque composant. Tout est en quantité limitée, et ce qui est utilisé perd de sa valeur. L’eau utilisée pour les toilettes devient polluée et doit maintenant être stockée ou traitée. Le charbon, converti en électricité, émet du dioxyde de carbone qu’il faut absorber pour que nos duplicants puissent respirer et travailler un nouveau jour. Le travail ne se suffit donc pas à lui-même si l’on n’est pas capable d’approvisionner les processus de transformation naturels et de gérer minutieusement les ressources fossiles.

Dans cette division du travail plus ou moins harmonieuse, le joueur lui-même n’est pas un chef ou un manager, car on ne donne pas des ordres directs aux duplicants : on ne fait que jouer avec leurs préférences. Sophie préférera-t-elle miner ou jardiner ? Jean préférera-t-il faire de la recherche ou porter des charges lourdes ? Ensuite, on crée des tâches à accomplir : ressouder un tuyau, ramasser des détritus, construire un lit… Les duplicants décideront ensuite d’eux-mêmes quoi faire de leurs talents et spécialités, que cela aille dans le sens souhaité ou non. Il n’y a donc pas de classes sociales ; chaque duplicant peut être amené à effectuer chaque tâche. C’est une question d’aptitude et de préférence, pas de statut social.

Pas de classes sociales signifie pas de chômage non plus : si les besoins des duplicants sont satisfaits, ils travailleront autant qu’ils le peuvent. S’ils sont malades ou fatigués, ils se reposeront. Ils n’en mangeront pas moins, n’en seront pas moins logés. Par définition, aucune force de travail potentielle n’est gâchée dans une armée de réserve industrielle, cette aberration de l’organisation capitaliste. Au fond, chaque duplicant contribue par rapport à ses capacités et reçoit par rapport à ses besoins : c’est donc une forme d’organisation communiste que l’on retrouve dans ce jeu.

Le proto-communisme d’ONI n’empêche pas que notre colonie soit pleine de dangers existentiels. Il faut travailler d’arrache-pied pour se moderniser, pour automatiser les procédés, pour créer des circuits fermés. La nature, source de valeur, n’en est pas moins sans pitié quand on essaie de la dompter (ou non). Il y a des conséquences, il y a des morts, on les enterre, on fait leur deuil. Cela nous rappelle d’ailleurs bien que le communisme, l’abolition des classes sociales, ne sera pas l’aboutissement de l’histoire, mais son nouveau commencement. Nous aurons encore d’innombrables défis à relever. L’anthropocène entraînera des conséquences sur des millénaires qu’il nous faudra contenir tout en s’adaptant ; les canicules extrêmes n’en sont qu’un exemple. Mais la révolution et la disparition de la classe capitaliste, et par ce fait des classes, sont la condition pour que nous entamions réellement ce travail si essentiel. Le communisme est la condition pour que l’ensemble des forces productives s’engagent collectivement vers le développement et la résilience de l’humanité tout entière, sans laisser personne derrière.


Studio : Klei Entertainment

Prix de référence : 22,99 €

Temps de jeu : 60 heures


Fraternellement,
GdM