N’attendons pas le coup de chaud, imposons nos conditions !
Cette seconde canicule, encore plus chaude et plus longue que celle du mois de mai, nous oblige, de nouveau, à user du système D et à serrer les dents. Dans l’impréparation la plus totale, des écoles et des collèges sont obligés de fermer. Des convocations de Bac sont modifiées. Des dizaines de trains sont supprimés quand ils ne tombent pas en rade au milieu du trajet… Au final, c’est débrouillez-vous !
Il y a plus de 20 ans déjà, après la canicule de l'été 2003 qui avait fait près de quinze mille morts, l'État avait juré "plus jamais ça" et promis la climatisation dans les écoles et les hôpitaux. Mais les écoles bouilloires sont légion avec des fenêtres sans volets et parfois impossibles à ouvrir. Et combien de chambres d’hôpital sont encore sans ventilation ni climatisation ?
Le gouvernement renvoie chacun à sa responsabilité, mais il est incapable d’assumer les siennes. Et surtout, n’attendons pas qu’il protège les travailleurs, car malgré cette situation extrême, il y a une chose qui ne change pas, c’est qu’il faut aller travailler coûte que coûte !
Travailler : un enfer pour beaucoup
L’enfer commence souvent dans le transport quand on se retrouve piégé dans un bus, un train, un RER sans climatisation où les malaises de passagers se multiplient. Et l’enfer continue au travail.
La majorité des usines sont des fours. Les ateliers sont confinés et mal ventilés. Travailler dans une fonderie, une boulangerie industrielle, suivre des cadences infernales sur une ligne de montage ou soulever des charges lourdes tout en portant des équipements de sécurité chauds et encombrants devient une véritable torture quand la température dépasse les 30°C et atteint les 40°C.
Les chantiers du BTP, quasiment toujours exposés à la chaleur ou à la poussière, ne sont pas interrompus pendant les épisodes de canicule puisque le code du travail n’indique aucune limite maximale de température.
Même dans les bureaux, il est fréquent, y compris dans les grandes entreprises qui se targuent d’être à la pointe de la technologie, qu’il n’y ait ni climatisation ni ventilation. C’est pire dans les cuisines des restaurants et les petits commerces où la chaleur est quasi intenable.
Cette exposition à la chaleur tue. Elle tue directement – plusieurs dizaines de décès sont répertoriés chaque année – et elle tue à petit feu, en créant ou en aggravant des maladies cardiaques ou respiratoires.
Face à ce danger, la seule obligation de l’employeur est de fournir de l’eau fraîche en quantité suffisante et de renouveler l’air des locaux, ce qui n’est même pas fait pour des millions de travailleurs. Si les horaires de travail sur les chantiers sont parfois modifiés en période de canicule, si des pauses supplémentaires sont accordées dans les ateliers les plus durs, c’est le plus souvent après que les travailleurs l’ont imposé.
Ne laissons pas les chefs et les patrons décider du moment où cela devient intenable !
On nous dit qu’il faut boire, passer du temps dans des pièces fraîches, ralentir. Tous ces conseils vaudraient partout… sauf au travail, là où nous nous épuisons deux fois plus vite ?
Une mesure d’urgence serait au moins de réduire la journée de travail et baisser les cadences. Si nous nous épuisons deux fois plus vite, travaillons deux fois moins et travaillons plus lentement.
Dans les ateliers transformés en bouilloires, il faut arracher des congés exceptionnels, payés par le patronat évidemment. Celui-ci est prompt à assurer son propre confort et s’il est incapable d’assurer la sécurité de ses salariés, c’est à lui d’en assumer les conséquences.
Le patronat et le gouvernement se préoccupent de la production et de leurs profits et ils ne raisonnent qu’en fonction d’eux. À nous de nous occuper de notre santé et de nous organiser pour la protéger !
L’incurie de l’État et l’irresponsabilité patronale sont au cœur du système capitaliste. Contrairement à ce que l’on entend, l’État ne sert pas à organiser la vie sociale, anticiper et investir pour préparer l’avenir. Sa raison d’être est d’assurer toutes les conditions nécessaires pour que la bourgeoisie accumule toujours plus de profits.
C’est pourquoi tous les gouvernements laissent les industriels faire ce qu’ils veulent : polluer, émettre les gaz à effet de serre à qui mieux mieux, et imposer à tous leur organisation économique et sociale aberrante. La fuite en avant imposée par la course aux profits va bientôt nous forcer à vivre sous les 50°. N’acceptons pas de crever au travail pour une organisation sociale aussi folle !
Nathalie Arthaud