Zoladex, fini !

Et lutte contre les pseudo-sciences et les obscurantismes

Zoladex, fini !

Message par com_71 » 12 Oct 2026, 15:05

"J'ai cru à une blague" : l'angoisse des patientes sous Zoladex, ce traitement contre le cancer du sein bientôt déremboursé
Par Gwendoline Beauchet
Publié le 09/10/2026 à 19:29

Publié au Journal officiel en juillet 2026, le retrait du Zoladex (traitement utilisé en hormonothérapie après un cancer du sein) du tableau des médicaments remboursables prendra effet le 15 décembre 2026. Un déremboursement pour convenance économique par le laboratoire AstraZeneca qui plonge les patientes dans l'angoisse et l'impasse financière.

"Au début, j’ai cru à une blague", confie Jasmine, 29 ans.

C’est en scrollant sur Instagram que la jeune femme, diagnostiquée d’un cancer du sein il y a deux ans, a appris la nouvelle : une partie de son traitement d’hormonothérapie ne sera plus prise en charge par la Sécurité sociale à compter du 15 décembre prochain.

Ségolène, 40 ans, est elle aussi sous Zoladex (goséréline) depuis le printemps 2026. Elle rappelle avec gravité que "l'hormonothérapie n'est pas une option, mais une assurance de survie".

Associée au tamoxifène ou au létrozole, l'injection mensuelle de Zoladex vise à plonger artificiellement ces femmes dans une ménopause précoce afin d'interrompre la production d'œstrogènes et d'écarter le risque de récidive.

Pourtant, d'ici la fin de l'année cette molécule quittera la liste des médicaments remboursés.
Ça tourne !

Zoladex : un déremboursement à l'initiative du fabricant

Et cette décision ne découle pas d'une réévaluation médicale. Le laboratoire AstraZeneca, qui le fabrique, a lui-même sollicité la radiation du Zoladex des listes de prise en charge, alors même qu'aucun nouvel élément clinique ne remettait en cause l'avis favorable de la Commission de la transparence (CT), précise le Vidal.

"Dans un marché français qui ne s'adapte pas assez pour rester compétitif et attractif, le prix actuel de ZOLADEX ne permet plus d'assurer sa mise à disposition pérenne dans le cadre du remboursement", poursuit le Vidal, citant APMnews.

Publiés au Journal officiel début juillet 2026, les arrêtés fixent la fin de la prise en charge à 100% au 14 décembre 2026. Un délai "de transition" pour laisser le temps aux médecins de réorienter leurs patients vers d'autres alternatives thérapeutiques remboursées.

En parallèle, le Zoladex restera commercialisé en officine, mais l'intégralité de son coût reposera sur les portefeuilles des malades. Si le tarif de base pratiqué par le fabricant ne devrait pas évoluer (86,03 € pour le dosage à 3,6 mg et 256,66 € pour celui à 10,8 mg), le déremboursement autorise les grossistes et les pharmacies à appliquer librement leurs marges.

Des patientes qui apprennent la nouvelle sur Instagram

Du côté des principales concernées, on regrette, avant tout, un manque criant d’information.

"Aucun membre de mon équipe médicale ne m'a prévenue", déplore Ségolène. "Je l'ai découvert par hasard via une publication associative. Au début, je pensais à un cas isolé, mais mon pharmacien me l'a confirmé. Non seulement le traitement ne sera plus remboursé, mais avec les marges libres, une telle dépense mensuelle devient invivable".

Cette annonce plonge les patientes dans l'angoisse, rompant un équilibre physique et psychologique péniblement conquis : "Cela fait six mois que je suis sous Zoladex, mon corps s'est enfin adapté et j'avais réussi à retrouver un rythme. J’ai repris le travail en septembre, je me reconstruis auprès de mes deux petits garçons, et aujourd'hui j'ai l'impression de revenir en arrière... On me pousse à faire un choix par défaut pour ma santé, uniquement pour des questions d'argent".

On me pousse à faire un choix par défaut pour ma santé, uniquement pour des questions d'argent.

Pour Jasmine, la découverte de la mesure a débouché sur un changement de protocole d'une grande brutalité.

"J'ai vu l'information sur le compte de l'association Jeunes et Rose. En principe, les équipes médicales devaient nous contacter pour planifier une alternative. En réalité, aucun médecin ne m'en a parlé. J'ai fini par joindre moi-même la secrétaire de ma radiothérapeute, qui ignorait tout".

Deux heures plus tard, sans appel ni consultation explicative, la vingtenaire reçoit, par mail, une ordonnance pour un traitement "équivalent" (de l'Énantone).

Changer pour un traitement équivalent, une réponse "trop facile"

Sur le terrain, les praticiens semblent, eux aussi, partager ce sentiment d'impuissance.

Ségolène nous explique avoir elle-même dû aborder le sujet lors d'une consultation de routine avec son oncologue. Et la réaction du spécialiste témoigne du malaise du corps médical : "Il a soufflé et m’a dit qu’en plein Octobre Rose, l'hypocrisie était totale. Il trouve aberrant qu’un médicament aussi ancien, éprouvé et disposant d'une AMM en règle, soit retiré de la prise en charge de cette manière. Il trouve ça scandaleux".

"Pour ma part, il m’a basculée sur le Décapeptyl, qu’il juge tout aussi efficace, même s’il aurait préféré que je puisse rester sous Zoladex", complète-t-elle.

Parce qu’imposer une nouvelle molécule génère une lourde charge mentale pour les femmes concernées. "On nous répond que les alternatives ont le même principe thérapeutique, mais chaque organisme réagit différemment", rappelle Jasmine. "Un traitement contre le cancer n'est pas un produit d'essai. Changer de molécule suscite une immense angoisse : comment mon corps va-t-il réagir ? Y a-t-il un risque d'accentuation des effets secondaires ou de fluctuation hormonale ?".

Changer de molécule suscite une immense angoisse.

La crainte de la pénurie et le parcours du combattant

Seule spécialité commercialisée en France à base de goséréline, le Zoladex laisse les patientes atteintes d'un cancer du sein face à des alternatives restreintes - comme l'Énantone (leuproréline) ou Décapeptyl (triptoréline)- au risque d'engorger des chaînes d'approvisionnement déjà fragiles.

"Si tout le monde se reporte sur l'Énantone, on ne fait que déplacer le problème : d'un souci de déremboursement, on va basculer vers une pénurie générale", alerte Ségolène.

D'autant que Jasmine décrit déjà une logistique extrêmement complexe pour se procurer ses doses : "Obtenir mon traitement relève parfois du parcours du combattant. Il m'est arrivé de devoir faire deux heures de route jusqu'à Lyon, ou de me le faire envoyer en express depuis Strasbourg par ma mère parce qu'aucune pharmacie locale ne l'avait en stock".

Avoir un cancer du sein coûte cher

Cette charge financière supplémentaire vient s'ajouter à des restes à charge déjà considérables, loin de la prise en charge intégrale promise par le statut d'Affection Longue Durée (ALD).

"Les gens s'imaginent souvent qu'avec une ALD, nous n'avons rien à débourser. C'est faux, explique Ségolène. Le dépassement de tarif pour une prothèse capillaire est colossal, les brassières adaptées ne sont pas remboursées, tout comme les vernis au silicium prescrits pour protéger les ongles pendant la chimiothérapie, ou les soins du cuir chevelu. Même avec une bonne mutuelle, les forfaits sont vite dépassés. Ce ne sont pas des produits de confort, mais des soins médicaux indispensables".

Pourtant, le Parlement avait adopté à l'unanimité la loi n°2025-106 du 5 février 2025, censée garantir la prise en charge intégrale des soins de support et des dispositifs médicaux adaptés. Mais plus d'un an et demi après son vote, les décrets d'application n'ont toujours pas été promulgués par le Gouvernement.

"Le cancer me précarise financièrement", admet Jasmine. "Après l'épuisement de mes droits aux indemnités journalières, ma situation est bloquée et j'attends une décision concernant mon invalidité. On nous vante le système de santé français, mais sur le terrain, nous sommes livrées à nous-mêmes".

Alors, en plein Octobre Rose, les deux femmes appellent aussi à mettre la lumière sur tout ce qui empêche les malades de "bien guérir". "Il ne faut pas montrer uniquement les victoires : il faut aussi dénoncer la violence de la maladie, le manque de soutien financier et les failles de notre système de santé", abonde Ségolène.

Contacté, le Ministère de la santé n’a pas donné suite à notre demande. Sur son compte X, sa Ministre, Stéphanie Rist, a seulement réagi au déremboursement le 1er octobre dernier.

"Notre responsabilité est claire : lorsqu’un laboratoire décide de retirer un médicament du remboursement, nous devons nous assurer que les patients disposent d’alternatives et que leur parcours de soins reste sécurisé. C’est ce que nous faisons pour Zoladex", écrivait-elle alors.


https://www.marieclaire.fr/deremboursem ... 521451.asp
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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