Missak & Tommy

Message par gerard_wegan » 20 Sep 2009, 07:17

Est-ce autre chose qu’un hasard de la rentrée littéraire ? Toujours est-il qu’outre un essai de Benoît Rayski, L’affiche rouge (Denoël), et le film de Robert Guédiguian qui sort ces jours-ci en salle, L’armée du crime, deux romans de cette rentrée tournent autour de figures de la tristement célèbre affiche : Le tombeau de Tommy de Alain Blottière (Gallimard), et Missak de Didier Daenninckx (Perrin).

Le roman de Alain Blottière se présente sous la forme d’un récit où le narrateur, cinéaste, raconte la réalisation d’un film sur Thomas Elek, dit Tommy, Juif hongrois fusillé à 19 ans avec les hommes du “groupe Manouchian”, le 21 février 1944. On suit ainsi le réalisateur dans ses recherches et réflexions historiques autour du scénario comme dans ses relations avec son jeune acteur, un skateur croisé par hasard au Trocadéro et que va métamorphoser sa rencontre posthume avec un Tommy dont jusqu’alors il ignorait même l’existence – le récit étant entrecoupé par le script du film. La richesse du roman fera pardonner à son auteur une fin qui laisse le lecteur étrangement en suspens. Pour cerner son héros, le narrateur, sous la plume de Alain Blottière, revient en effet sans pathos sur l’engagement, la vie et le combat de ces jeunes partisans des FTP-MOI (et de leur famille quand ils en avaient encore une), au travers notamment de pages oubliées comme La mémoire d’Hélène, souvenirs de la mère de Thomas Elek que François Maspero publia en 1977. L’auteur a par ailleurs réuni sur un site Internet (www.letombeaudetommy.net) divers documents (photos, vidéos, références) mentionnés dans le roman.

« Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus ». Cette phrase de Missak Manouchian, dans la lettre fameuse qu’il adressa à sa femme Mélinée quelques heures avant son exécution, a longtemps disparu des citations – lesquelles, dans l’après-guerre, étaient surtout le fait du PCF. Or, début 1955, la mairie du XXe arrondissement de Paris décide de rebaptiser une rue “Groupe Manouchian” en l’honneur des fusillés de 1944. Pour cette occasion – « onze ans déjà, que cela passe vite, onze ans » –, le PCF commande à Louis Aragon un poème : ce sera Strophes pour se souvenir, inspiré de la lettre de Missak à Mélinée et que Léo Ferré mettra en musique sous le titre L’affiche rouge (à écouter par exemple ici).
Ici se nouent le fil de l’Histoire et la trame romanesque du livre de Didier Daenninckx : anticipant l’intérêt que l’inauguration de la rue pourrait susciter envers des aspects occultés de l’histoire des FTP-MOI parisiens que dirigeait Missak Manouchian, la direction du PCF charge un jeune journaliste de L’Humanité de préparer un dossier en menant l’enquête auprès des survivants. Cette enquête va le mener, au gré des rencontres – Willy Ronis (qui vient de disparaître), Louis Aragon, Roland Fillâtre, Charles Tillon, Henri Krasucki… – à découvrir une Histoire moins simple que celle que lui enseignaient ses certitudes de militant stalinien, fier de l’URSS, du “Petit père des peuples” (on est avant le XXe Congrès du PCUS mais après les procès de Prague et de Sofia) et du “Parti des fusillés”. Ainsi lorsqu’il est conduit à s’interroger sur les nouvelles venant d’Arménie soviétique, où est provisoirement retournée Mélinée Manouchian après la guerre. Ou lorsqu’il apprend par Roland Fillâtre la véritable identité de l’un des 22 fusillés : Arben Abramovitch Dav’Tian, entré en France et exécuté sous la fausse identité de Armenak Manoukian, militant bolchevique en 1917, soldat puis officier de l’Armée rouge dans le Caucase, exclu du parti et emprisonné pour “trotskysme”, proche de l’Opposition de gauche en URSS puis en France où il rejoint un temps le “groupe russe” autour de Sedov sous le nom de Tarov (nom sous lequel le désigne Trotsky dans un texte de septembre 1935, La terreur de l’auto-conservation bureaucratiquecf. marxists.org).

Chacun à sa manière, Alain Blottière et Didier Daenninckx font revivre ces personnages en en respectant l’histoire, donc la mémoire. On ne peut malheureusement pas en dire autant du film de Robert Guédiguian !

Quelques sources intéressantes sur la question :
* Livres :
Le sang de l'étranger – Stéphane Courtois, Denis Peschanski & Adam Rayski (Fayard, 1989)
Testament – Boris Holban (Calmann-Lévy, 1989)
* Vidéo :
La traque de l'Affiche rouge – Jorge Amat & Denis Peschanski (Compagnie des Phares et Balises ; également visible en 4 parties sur DailyMotion)
gerard_wegan
 
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Message par gerard_wegan » 20 Sep 2009, 07:19

En complément...
L’ancien « trotskyste » du groupe Manouchian
I.L.T. – Cahiers Léon Trotsky – n°23 – septembre 1985 – pages 74 à 77


Le débat public sur l’affaire Manouchian à partir du film de Mosco a fait sortir de l’oubli l’un de ses membres qui a été présenté comme un ancien « trotskyste » ou prétendu tel. L’Institut Léon Trotsky, dont les chercheurs ont eu le privilège de travailler dans les dossiers de la correspondance de Trotsky à Harvard et de son fils L. Sedov à Stanford, juge utile de verser dans le domaine public les éléments d’information qu’il possède grâce à ces archives qui comprennent notamment un certain nombre de lettres de l’intéressé.

Arben Abramovitch Dav’tian (souvent translitéré de façon erronée en Tavitian) était né en Transcaucasie, à Choucha (Zannesur) le 7 novembre 1895 ou 1898. Son père était ouvrier maçon, sa mère travaillait à la maison. Lui-même dut gagner sa vie à partir de 14 ans, comme serrurier, imprimeur et finalement mécanicien. Il entra dans le parti bolchevique en 1917 et s’engagea dans l’Armée rouge en 1918. Il fit toute la guerre sur le front caucasien, d’abord comme simple soldat puis, après un stage dans une école, comme officier, devenant responsable d’un département politique dans son unité. En 1921, il devient « apparatchik », instructeur et organisateur attaché au comité central du parti du Caucase. En 1923, il est envoyé à l’Université communiste de Transcaucasie où il atteint le 3e cours en 1925 mais est peu après renvoyé à cause de son activité en liaison avec l’Opposition de gauche. Il retourne au travail dans l’appareil, responsable de l’agit-prop pour un district, puis secrétaire de district, dans l’appareil central enfin. En 1927, il est l’un des porte-parole locaux de l’Opposition de gauche : il est donc écarté du travail dans le parti et affecté au travail dans les syndicats, devenant président du comité ouvrier local des travailleurs des chemins de fer. À la fin de 1927, il est exclu du parti en même temps que le gros des oppositionnels connus et il perd son travail. Il est arrêté pour son activité de « bolchevik-léniniste » le 24 septembre 1928 en même temps que nombre d’autres militants arméniens et reste aux mains du G.P.U. jusqu’à la fin de l’année. D’Erivan, il est transféré à Tiflis, puis à Akmolinsk où il rencontre des militants de l’Opposition de gauche de différentes régions. Le 22 janvier 1931, il est arrêté avec l’ensemble de la colonie d’Akmolinsk, transféré à la prison de Petropavlovsk, à un régime sévère, et condamné avec d’autres à trois ans de prison. Au bout de sept mois, à la suite d’une épidémie de typhus, il est transféré à l’isolateur de Verkhneouralsk où il participe à la vie politique intense de la colonie des « bolcheviks-léninistes » puis à la fameuse grève de la faim. Son nom figure aux archives dans la liste des détenus de Verkhneouralsk rattachés au « collectif bolchevik-léniniste » envoyé clandestinement à Trotsky, avec le numéro 41 sur une liste de 57 noms. Il fait parfois allusion dans sa correspondance à une « capitulation » qu’il considère comme une erreur, mais il ne nous a pas été possible de savoir quelle forme elle a revêtue et à quelle date elle se situe. En 1934, probablement en janvier, il est envoyé en exil – on dit alors déportation – à Andijan. C’est de là qu’il décide de s’enfuir et de quitter le territoire de l’U.R.S.S. Il franchit la frontière tout près de Megrinsk le 19 ou le 20 juillet 1934 et est aussitôt emprisonné par les autorités locales persanes.

Tel est le récit qu’il fait à Trotsky et Sedov de sa vie de citoyen arménien soviétique. Ses correspondants, méfiants, peuvent recouper de bien des façons ses déclarations car ils connaissent nombre des prisonniers cités par Dav’tian, les dates de leur arrestation et détention, les lieux de leur emprisonnement en déportation : ils ne trouvent aucune contradiction majeure dans ces « biographies » qu’il se trouve avoir rédigées à divers moments. En fait, ce qui inquiète le plus Trotsky et Sedov quand Dav’tian prend contact avec eux, c’est qu’il ait attendu pour cela plus d’une année après sa sortie d’Union Soviétique. Il a pendant ce temps écrit ses Mémoires qu’il a intitulés Dans les prisons de Thermidor, fréquenté la colonie arménienne de Perse qui l’a aidé matériellement et cherché à gagner l’Europe occidentale. Il explique pour justifier son silence qu’il ignorait jusqu’au sort réel de Trotsky et de Sedov.

Dès que le contact est pris, Trotsky et Sedov, tout en faisant les vérifications élémentaires, insistent pour obtenir de Tarov – c’est désormais son pseudonyme – des prises de position sans ambiguïté, notamment sur les conditions de la répression, ce qu’il fait notamment dans un « appel au prolétariat mondial » [cf. marxists.org] que publie la presse trotskyste internationale. Sur les instances de Trotsky, le secrétariat international ouvre une souscription pour payer son voyage à Paris – lequel ne sera possible que presque deux ans plus tard, puisqu’il n’arrive à Marseille que le 24 mai 1937.

Il prend évidemment contact avec Léon Sedov avec qui il avait jusque là régulièrement correspondu. Ce dernier a obtenu de Magdeleine Paz qu’elle intervienne auprès des autorités françaises pour légaliser sa situation tout en le protégeant : c’est par elle qu’il obtient un passeport parfaitement légal, établi au nom de Manoukian, qui sera son nom jusqu’à son exécution. Il donne, quelques jours après, sa déposition sur la répression en U.R.S.S. à la sous-commission parisienne de la commission d’enquête sur les procès de Moscou devant laquelle il comparaît le 12 juin, apportant des éléments qui impressionnent les commissaires. Il trouve du travail comme ouvrier et prend part à l’activité de ce qu’on appelle le « groupe russe », autour de Léon Sedov et de son ami et collaborateur Marc Zborowski dont on ignore alors qu’il était l’agent du G.P.U. « planté » par Staline auprès du fils de Trotsky. Il a très vite avec ses camarades émigrés des rapports détestables. Il se plaint particulièrement que les membres du groupe refusent de l’aider pour corriger et éventuellement publier ses Mémoires, puis s’indigne qu’ils veuillent le corriger au nom de leurs connaissances en histoire. La question vient même au secrétariat international qui tente en vain d’imposer un compromis. Quelques mois après son arrivée à Paris, « Tarov » s’éloigne du groupe russe.

Il l’écrira à Trotsky le 9 juillet 1938, quelques mois après la mort de Sedov : il ne peut supporter l’atmosphère de querelle interne permanente – et sans doute de suspicions mutuelles du groupe russe – et précise ce qui semble bien être une attaque contre Zborowski :

« Ce n’était pas de leur faute, il y avait un élément étranger à notre mouvement qui, Dieu sait dans quel but, s’est introduit dans notre milieu et a tout pris sous son influence. J’avais prévenu Ljova. Il s’est offensé et m’a même fait des remontrances. J’ai dû me mettre à l’écart déjà du vivant de Ljova. La vie a prouvé que j’avais raison. Aujourd’hui je continue à me tenir à l’écart du Biulleten, je ne peux pas faire autrement. Avec Ljova, on pouvait avoir des discussions, des disputes, puis on se réconciliait et on continuait la route ».

Le militant soviétique n’a pourtant pas pour autant rompu avec la IVe Internationale. Bien qu’il considère que cette dernière est « aux mains de gens qui ont la passion des intrigues de palais », il espère prendre part au congrès qui se prépare et l’écrit à Trotsky. En fait, ce n’est pas lui évidemment qui participe avec voix délibérative au congrès de fondation de la IVe Internationale, mais Zborowski, en dépit des soupçons qui pèsent déjà sur lui (formulés en particulier par Pierre Naville). Il réussit cependant à publier en français une « contribution à la critique du Programme d’action de la IVe Internationale », intitulée Le problème est : viser juste. Il n’a plus, rapidement, de contact qu’avec les camarades qui l’ont accueilli et aidé matériellement mais s’est éloigné du noyau des militants proprement dits et se rattache plutôt aux milieux de l’émigration arménienne de Paris où il est très probable qu’il a rencontré Manouchian, qui en était l’un des éléments les plus dynamiques.

Rien, rigoureusement rien du côté trotskyste, n’indique que la décision de « Tarov » de rejoindre les militants de la M.O.I. et leur lutte armée se soit accompagnée d’une révision de ses positions politiques et notamment de son hostilité au stalinisme. Il a rompu avec ses camarades français pour ne pas leur faire courir de danger car il savait qu’il s’engageait dans une activité qui le conduirait rapidement à la mort. L’hypothèse qui est suggérée par les souvenirs de ces derniers et corroborée par ce qui précède est qu’il a réagi en patriote soviétique qu’il était et que c’était l’Union soviétique et la révolution d’Octobre qu’il voulait défendre les armes à la main au risque et au prix de sa vie contre l’hitlérien abhorré.

Quelques conclusions provisoires ?
1. Il n’y a aucune raison sérieuse de penser que « Tarov » a pu être mêlé à l’assassinat de Sedov dont on sait qu’il a été couvert du côté du G.P.U. par un agent infiniment mieux placé qu’il ne l’était, Zborowski évidemment.
2. Le contenu de ses griefs contre le « groupe russe », la façon dont il a pris ses distances à son égard, ne ressemblent nullement à un comportement d’« agent » mais à celui d’un homme au caractère difficile et aux réactions parfois surprenantes que Sedov trouvait particulièrement « pénible », une impression que les agents s’efforcent généralement de ne pas donner.
3. Les questions qui sont posées nous semblent l’être en réalité pour la période où nous manquons de documents. Qui a recruté l’« ex-trotskyste » Tarov pour le groupe F.T.P.-M.O.I. ? Dans quelles conditions ? Que savait-on exactement de son passé à ce moment-là ? Quel prix a-t-on exigé, si on a exigé de lui quelque chose ?

Formulons avec prudence une hypothèse supplémentaire. Si Manouchian avait sciemment recruté un ex-trotskyste en le dissimulant, c’est-à-dire en s’en faisant le complice, il se serait mis hors-la-loi de l’appareil ?

Mais, encore une fois, pour répondre à ces questions-là, il faudrait, comme le fait remarquer Robrieux à chacune de ses interventions, que ceux qui disposent des éléments ouvrent leurs archives.


P.S. : Cet article était déjà rédigé et composé quand Philippe Robrieux nous a fait parvenir copie de son article dans Historama, « Qui a fait tomber Manouchian ? ». Nous lui donnons volontiers acte qu’il faudra expliquer les propos de Lissner et les rapports de police au sujet de l’arrestation de « Tarov ». Néanmoins, ces deux sources sont aussi peu incontestables l’une que l’autre et il faudra une longue enquête pour se prononcer sur l’hypothèse qu’il formule. En revanche, nous ne croyons pas qu’il soit juste d’écrire que « Sedov n’a pas survécu longtemps à sa “rupture” avec Manoukian » : c’était Zborowski qui était sur Sedov et il n’y a aucune raison de suggérer un autre « coupable » ou « complice » dans l’état de nos connaissances sur la mort de Sedov.
gerard_wegan
 
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Message par Lannig » 23 Sep 2009, 23:47

Je suis allé voir "L'armée du Crime" (d'ailleurs je me demande si cela ne pourrait faire l'objet d'un autre fil). Et je trouve ce film très stalinien. En effet, c'est une apologie de la politique qu'a mené le PC durant cette période. Certes, il est dit que tous ses militants sont communistes, de nationalités étrangères , juifs pour beaucoup d'entre eux mais hors le fait de les nommer ainsi et les qualifier de communistes rien n'indique quelle aspirations profondes les inspirent, les motivent , trop rares références à justement un idéal communiste de fraternité, de suppression du capitalisme (ce n'est même pas évoqué) et d'une autre organisation sociale au service des pauvres.
Alors on voit un Krazuski jeune militant qui parait plus conscient d'ailleurs qu'un Rayman et on montre les sacrifices personnels au delà de leur vie que certains ont consenti pour leur cause (mais justement on aimerait entendre cette cause, pas seulement la simple défaite de l'Allemagne nazie) et que pour d'autres ce combat avait déjà commencé par la guerre d'Espagne mais toujours on nous parle de défaites du fascisme, jamais de ce qui les motive vraiment si ce n'est pour les militants d'origine juive (que je déteste qualifier ainsi des militants qui n'étaient sans doute pas plus "juif" que moi je suis catho si ce n'est qu'enfant, j'ai été baptisé...) une haine compréhensible du soldat allemand qui représente pour eux le régime anti-sémite du nazisme.
Ce film m'a mis mal à l'aise et je voudrais savoir si d'autres camarades l'ont vu et ce qu'ils en ont pensé.
Puis pour faire bonne mesure, ce que nos camarades de 1944 pensaient de l'affiche rouge :

La lutte de Classe N°25 23 Février 1944


On fête à Londres le 26e anniversaire de l'Armée Rouge... C'est grâce à la création de l'Armée Rouge par Léon Trotsky en février 1918 que l'ancien territoire russe n'est pas devenu une colonie franco-anglo-américaine. Mais c'est grâce aussi à la révolte de la Mer Noire, des soviets anglais et des révoltes dans les armées d'intervention américaines.

DEFENSE DES TERRORISTES

Vingt-quatre "terroristes" sélectionnés viennent d'être livrés à la publicité par la Gestapo, pour dégoûter de l'armée clandestine qui lutte contre l'impérialisme allemand, la "bonne société" et les petits-bourgeois conformistes. Regardez-les, disent les scribes de la Gestapo, ces faces "rusées et cruelles" de Juifs, de Polonais, d'Italiens, d'Espagnols communistes : ces gens prétendent juger du destin de la France !

Certes, d'après les prostitués de la presse bourgeoise ce sont les Doriot et les Goering aux faces bouffies, et tous les engraissés du régime de terreur bourgeois qui doivent décider du sort de la France...

Regardons-les bien, travailleurs : ces visages que le photographe et les commentaires des affiches veulent nous empêcher de voir sont des visages d'opprimés, des visages de travailleurs *: ils sont notre propre visage. Comment ces têtes d'opprimés et d'exploités de plusieurs pays qui luttent à mort contre le régime capitaliste d'exploitation et de misère, ne feraient-elles pas écumer de rage les bourgeois gavés au marché noir et vautrés dans les bras de prostituées qu'ils entretiennent avec le sang et la sueur des ouvriers ?

Regardons-les bien, camarades, ces têtes énergiques de jeunes qui bravent à leur "procès" les canailles galonnées chargées de les faire fusiller : leur courage doit servir d'exemple à tous les jeunes, à notre époque de guerres impérialistes et de guerres civiles.

"Ils ont des dizaines de crimes sur la conscience", profèrent leurs bourreaux, experts dans l'assassinat de milliers d'hommes en un seul jour, en une seule bataille...

"Ils ont suivi l'école du crime", clament les professeurs qui enseignent l'''art'' de la tuerie à des milliers de jeunes de 16 ans arrachés à leurs familles contre leur gré...

"Ils ne sont pas la France", affirment les tortionnaires du peuple français qui n'ont pas assez de leur milice, de leur police, de leur garde-mobile, des bandes fascistes et des troupes d'occupation spéciales pour venir à bout des dizaines de milliers de réfractaires à la déportation et au travail pour la guerre impérialiste, et qui se gardent bien de publier les listes des jeunes gens qu'ils abattent par dizaines tous les jours.

"Ce sont des bandits", écrivent les journaux à solde, en exposant certains cas particulièrement suspects. Mais si l'activité de véritables bandits, parmi lesquels il ne faut pas oublier des bandits de la milice, de Doriot et de Déat, se poursuit impunément, n'est-ce pas là le résultat de l'anarchie croissante dans laquelle le capitalisme et la guerre ont jeté la société ?

LA CLASSE OUVRIERE EST RESOLUMENT POUR CEUX QUI ONT PRIS LES ARMES CONTRE LES BOURREAUX FRANCAIS ET ALLEMANDS QUI MARTYRISENT LES PEUPLES ; ELLE ACCUEILLE AVEC MEPRIS LES MANOEUVRES DE DIVERSION DE LA BOURGEOISIE.

Mais la classe ouvrière est inquiète ; elle ne comprend pas pourquoi des militants qui autrefois combattaient sans compromis la bourgeoisie de tous les pays, mènent actuellement leur lutte sous le drapeau tricolore et au bénéfice des armées de Washington, de Londres et d'Alger. Les ouvriers savent qu'ils n'ont rien à attendre d'une victoire d'armées capitalistes qui ne feraient que relever les armées allemandes dans leur rôle de gardes-chiourme pour maintenir le capitalisme. Ils savent que Roosevelt en Amérique et Churchill en Angleterre prennent contre la classe ouvrière les mêmes mesures que Hitler en Allemagne.

LE PROLETARIAT CHERCHE DES MILITANTS ET UN PARTI QUI LUTTENT DIRECTEMENT POUR SES INTERETS, pour son relèvement économique et culturel, pour ses conquêtes de juin 1936, conquêtes qui sont également odieuses et qui rencontreraient la même résistance de la part de tout gouvernement capitaliste, totalitaire ou parlementaire.

Servir la classe ouvrière, c'est lutter pour les Etats-Unis socialistes d'Europe, pour la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile pour le socialisme. Lutter pour le triomphe de soidisant démocraties sur le fascisme, c'est renouveler la trahison de 1914 quand les partis socialistes de l'Entente se mirent du côté de leur bourgeoisie sous prétexte de vaincre le militarisme.

De même que la grande majorité des ouvriers socialistes comprirent la trahison de leurs chefs et . passèrent à la Ille Internationale de Lénine et de Trotsky pour accomplir leur devoir de classe, de même la grande majorité des ouvriers communistes doit cesser de s'accrocher aux restes pourris de ce qui fut autrefois la Ille Internationale pour lutter avec les militants de la IVe Internationale, PARTI MONDIAL DE LA REVOLUTION SOCIALISTE.

Les militants combattants du PC restés fidèles à leur classe doivent se convaincre que le réveil de la classe ouvrière, par l'activité croissante de ses éléments les plus avancés et l'assaut de celle-ci contre le régime capitaliste, n'ont rien de commun avec la lutte sous le commandement des officiers réactionnaires de De Gaulle.

La IVe Internationale appelle les meilleurs militants de la classe ouvrière à serrer leurs rangs autour du drapeau rouge communiste, qui triomphera envers et contre tous de la barbarie capitaliste et de la guerre !
Lannig
 
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Message par NazimH » 24 Sep 2009, 06:25

Bonjour

j'ai vu le film moi aussi. Je craignais le pire, car je n'aime pas trop Guediguian en général.

Comme film c'est moins affreux que je ne le craignais et cela se laisse regarder.
Pour ce qui est de "l'idéologie", là c'est simple, le film ne se pose aucune question... et n'en fait guère poser à ceux qui le regarde, sauf si on se souhaite se creuser la tête.

La seule "question" que se pose ceux qui prennent part aux activités du groupe Manouchian tels que les montrent le réalisateur, c'est : "Tuer est-il est un moyen admissible pour contribuer à la liberté ? -ou quelque chose comme cela." Et la réponse est donné -par l'image- c'est "Oui, ils ont eu raison, ce sont de vrais héros."

Bien sûr quand on pense -en tant que communiste révolutionnaire, trotskiste- que toute l'énergie, le dévouement et le courage de ces militants a été mis au soutien d'un général réac et pour assurer un avenir politique à la bourgeoisie française en vue d'une victoire américaine, on a un peu de mal pour trouver que ce sont "nos héros".

Le film lui assure que ce sont des héros de la "France Résistante", et que c'est pour cela que le PC et les immigrés communistes sont "bien". C'est un peu le même genre de film qu'"Indigènes".

Il y a des choses intéressantes dans le film malgré tout, quelques "bonnes scènes" à mon goût - je n raconte pas. La partie sur les brigades spéciales de la police est plutôt réussie par exemple.
NazimH
 
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Message par pouchtaxi » 24 Sep 2009, 13:40

Film à la gloire du groupe Manouchian. Un côté légende dorée qui gêne.

Ligne très stalino-nationale dans le droit fil du pacte Staline–Laval et du slogan , inacceptable pour tout internationaliste, du « A chacun son boche ».

Au début du film, une scène présente le transfert des prisonniers vers leur lieu d’éxécution en février 1944. Une voix off égrène leurs noms suivis de « mort pour la France ».

Ces militants communistes provenant de Pologne, de Hongrie, de Roumanie, d’Italie, d’Espagne, d’Arménie, avaient autre chose en tête que la « défense de la patrie».

Quoique trompés par leur direction, les militants communistes qui combattaient contre le nazisme et pour la révolution (éventuellement en un sens très vague) n’étaient pas rares. Le contenu social de ce combat est absent du film de Guédiguian.

On voit surtout les actions armées de ce groupe FTP-MOI.

Les discussions politiques que pouvaient avoir entre eux ces militants communistes n’apparaissent nulle part. Le privilège donnée par le PCF à l’action militaire subordonnée de fait aux intérêts des bourgeoisies alliées par rapport à l’action politique de classe n’est jamais thématisé.

Par contre j’ai bien aimé le roman « Missak » de Daeninckx qui se lit d’une seule traite.

Quant au texte de Barta inséré ci-dessus fort judicieusement, il est remarquable ; tant sur le plan du contenu politique que sur le plan humain des sentiments fraternels exprimés à l’égard des fusillés.

A méditer.
pouchtaxi
 
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Message par abounouwas » 25 Sep 2009, 13:41

Merci d'abord pour le texte plus haut.
Le film est bien ficelé mais sur le plan politique c'est en effet très stal'. On est face à des héros bien plus qu'avec des militants, pas une discussion de fond, c'est juste "tuer du boche"... Au passage la police hexagonale est égratignée, mais en effet on ressort avec un goût amer, celui de l'injustice faite à l'histoire.
abounouwas
 
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Message par gerard_wegan » 27 Sep 2009, 02:03

J'ai aussi été déçu par L'armée du crime de Robert Guédiguian... mais apparemment pas pour les mêmes raisons que les camarades intervenus sur ce fil.
Je crois d'ailleurs qu'il aurait suffi de peu de choses pour en faire vraiment un bon film.
D'abord (ça compte), il est bien joué : je craignais un peu Grégoire Leprince-Ringuet dans le rôle de Thomas Elek (être beau garçon ne suffisant pas pour être un bon acteur ;) ) mais le résultat est plutôt convaincant, la palme revenant cependant à mon avis à Robinson Stévenin, excellent dans le personnage de Marcel Rayman.
Il y a ensuite quelques très bonnes scènes, évoquant avec justesse divers aspects historiques ou l'ambiance qui pouvait régner dans des milieux juifs parisiens : l'entrevue de Mélinée Manouchian à la préfecture de police (tirée de ses souvenirs, Manouchian - EFR, 1974), l'échange entre Marcel Rayman et son père à l'occasion de la première rafle du 14 mai 1941, les discussions qui suivent sur la déportation, l'évocation par Missak Manouchian des premières informations relayées par le PC sur les gazages à Auschwitz (informations qui commencent à circuler -- sous la forme erronée qu'en donne Manouchian -- dès début 1943, notamment dans J'accuse, organe du MNCR), l'"indiscipline" des jeunes FTP-MOI traqués par des Brigades Spéciales motivées pour leur faire la peau, etc.
Mais le film est malheureusement gâché, d'une part par des scènes voire des personnages tellement grotesques qu'il est impossible d'y croire, d'autre part par de grosses ficelles scénaristiques qui ont de quoi mettre en boule le spectateur à qui on annonce un film "historique" (la bande annonce prétend en effet présenter "L'histoire vraie du groupe Manouchian") ! Ainsi la façon dont le film mélange divers faits, parfois relatifs d'ailleurs à différents épidodes, à des élucubrations abracadabrantes pour les faire rentrer au forceps dans un scénario dont on voit mal en quoi il aurait souffert d'une évocation plus fidèle des événements ! Passons sur des changements de noms et chronologiques qui n'apportent rien de bon et dont le film aurait quand même pu se passer. Trois exemples (je n'en dis pas plus pour ceux qui n'ont pas vu le film...) : Henri Krasucki est arreté en mars 1943 et déporté en juin ; le commissaire politique des FTP-MOI parisiens à partir de mai 1943 est Joseph Davidovitch (dit Albert), il est polonais et est arrêté en octobre 1943 ; emprisonné en septembre 1939 comme d'autres militants communistes, Missak Manouchian fut (d'après sa femme Mélinée) libéré après avoir demandé à rejoindre les rangs de l'armée française.
Par contre, je comprends mal certaines critiques des camarades !
Le film, en effet, serait stalinien, n'évoquerait pas la lutte contre le capitalisme mais seulement le combat pour la défaite de l'Allemagne nazie, ne montrerait que les actions armées des FTP-MOI, voire serait dans la ligne du "A chacun son bôche" !!!
Franchement, il y a bien d'autres choses dans le film (un camarade a d'ailleurs relevé la partie sur les Brigades spéciales de la préfecture de police de Paris)... et le propos de Manouchian -- jusque dans sa dernière lettre où, quelques heures avant d'être fusillé par des soldats allemands, il évoque la paix à venir entre les peuples et déclare n'avoir pas de haine pour le peuple allemand -- n'est pas exactement sur le ton de L'Huma à la libération de Paris ! Soit dit en passant, quitte à citer cette lettre, Guédiguian aurait pu, lui aussi, éviter de la couper comme il l'a fait...
Sinon, sauf à reprocher à Guédiguian de faire un film spécifiquement sur "L'armée du crime", je vois mal comment il aurait pu évoquer d'autres actions des FTP-MOI que les opérations militaires qui étaient leur raison d'être ! Même sur cet aspect, d'ailleurs, ce n'est pas si mal fait (mis à part un dialogue surréaliste entre Manouchian et un responsable politique de la MOI) puisqu'il y a quelques échanges sur les buts de ces actions armées (avec même une improbable scène assez lourdement didactique sur ce qu'il ne faut pas faire...). Mais, évidemment, ce sont les motivations de militants du PC donc, sauf à tout travestir, je vois mal ce que Guédiguian aurait pu leur faire dire d'autre ! Et on peut douter que les FTP-MOI, qui étaient d'ailleurs supposés ne pas se cotoyer hors opérations (la réalité semble avoir été quelque peu différente...), aient eu entre eux de grandes conversations sur l'avenir communiste et le renversement du capitalisme !
Plus généralement, la subordination des actions militaires des groupes liés au PC -- comme d'ailleurs de toute la politique du PC et plus largement de toute la Résistance -- aux intérêts des démocraties impérialistes n'est certes pas thématisée, mais cela n'a rien de spécifiquement stalinien !
gerard_wegan
 
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