(Apfelstrudel @ mardi 1 avril 2008 à 20:16 a écrit : a écrit :l'intrigue secondaire des "Bijoux de la Castafiore" qui est entièrement une fable contre les préjugés anti-gitans et l'hypocrisie de ceux qui les entretiennent, etc...
Tiens moi je me souviens plutôt d'un salmigondis de bons sentiments et de mépris social à peine voilé de bourgeois bon catholique gavé.
Non non, tu te trompes. Enfin tu simplifies.
Le côté "bourgeois gavé", il est représenté et tourné en ridicule. C'est la Castafiore, son vernis de culture superficiel (en dehors de l'opéra, elle est idiote), son goût du luxe mêlé à une avarice maladive (elle a des bijoux précieux mais les laisse toujours enfermés dans sa chambre), son arrogance (elle traite tout le monde comme ses domestiques et ses domestiques comme des chiens, témoin la pauvre bonne). Tiens d'ailleurs, la bonne : le premier objet qui disparaît, ce n'est pas l'émeraude de la Castafiore, ce sont les ciseaux de la bonne. Quelle est la réaction de la Castafiore ? Elle la considère comme une idiote qui devrait mieux faire attention à ses affaires ! Par contre quand son émeraude disparaît, là c'est le drame : cris, évanouissements, on appelle la police, ont soupçonne tout le monde...
Toute l'intrigue principale tourne autour de la disparition de l'émeraude. Comme dans une intrigue policière, Tintin va explorer toutes les pistes. Ce type qui s'était introduit comme photographe et qui s'est enfui à la faveur d'une coupure de courant, les traces de pas dans les plates-bandes, le bruit d'une chute dans l'escalier, les bruits de pas au grenier : tout ça, en fin de compte c'est des fausses pistes. Le photographe était bien un vulgaire paparazzi ; la chute dans l'escalier et les traces de pas, c'était le pianiste qui s'éclipsait en cachette pour aller jouer au PMU ; les bruits de pas au grenier, c'était un hibou... Dans ses autres aventures, Tintin découvre des méfaits épouvantables cachés au regard des autres par des procédés mystérieux. Par exemple, ce sont souvent des trafics : d'armes dans "l'Oreille Cassée", d'opium dans "Les Cigares du Pharaon", d'esclaves dans "Coke en Stock". Ici, Hergé joue sur l'habitude du lecteur qui s'attend à découvrir ce genre de terrible secret comme dans les autres aventures. Mais ici, au contraire, Tintin ne découvrira rien, à part des illusions comme le magnétophone que le pianiste a laissé tourner pour faire croire qu'il jouait des gammes...
Maintenant l'intrigue secondaire : le capitaine Haddock, révolté par la situation d'un groupe de gitans forcés à camper près d'une décharge, leur a offert de s'installer dans le parc du château de Moulinsart. Tout le monde critique cette décision : le brave domestique Nestor, les deux policiers Dupont et Dupond, l'assureur Séraphin Lampion... Quand l'affaire de l'émeraude éclate, les gitans sont quasiment des coupables désignés. Comme en plus on retrouve les ciseaux chez eux, ils sont chassés. Cette victoire de la justice fait le gros titre du journal télévisé... On connait le fin mot de l'histoire : en fin de compte c'était une pie qui avait volé les ciseaux et l'émeraude.
Hergé a la finesse de ne pas donner la morale de sa fable et de la laisser au lecteur. De la première intrigue, on déduit qu'il faut se méfier des illusions, qu'elles ne peuvent satisfaire que les personnes les plus superficielles. La deuxième intrigue montre un cas flagrant d'injustice liée à un préjugé d'ordre raciste. La conclusion qu'il faut en tirer, c'est que les préjugés racistes ne peuvent satisfaire que les imbéciles, qu'un peu de réflexion et de considération pour les faits permet de montrer leur nullité. Alors oui, "Les Bijoux de la Castafiore" c'est bien l'œuvre d'un type qui est complètement revenu sur sa période "Tintin au Congo", non seulement parce que c'est anti-raciste, mais aussi parce qu'il ne prend plus ses lecteurs pour des crétins.
a écrit :Il faudrait que je les relise tous... surtout que ce sont de très bonnes BD... mais ça m'étonnerais qu'on puisse trouver une seule d'elles qui ne soit pas réactionnaire, même si évidemment ce n'est pas toujours le niveau de Tintin au Congo.
En fait ce n'est vraiment bon qu'à partir des "Cigares du Pharaon", les précédentes sont non seulement révoltantes de connerie mais pas très bien fichues. Par contre oui, même dans "Les Bijoux de la Castafiore" il y a un côté réac. Dans le portrait qu'il fait de la Castafiore, on sent quand même beaucoup de misogynie, mais pas seulement, aussi une sorte de condamnation morale très catho dans le fond.