a écrit :LO n'exclut plus de dire "non" à la Constitution européenne
LE MONDE | 06.10.04 | 14h04
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Lutte ouvrière hésite. Douze ans après avoir appelé à l'abstention lors du référendum sur le traité de Maastricht, la formation d'extrême gauche pourrait se prononcer cette fois pour le "non" au projet de Constitution européenne. Aujourd'hui, cette hypothèse est, en tout cas, clairement envisagée ; ce qui constitue une petite révolution pour LO.
Le parti d'Arlette Laguiller s'est en effet toujours strictement tenu à l'écart des procédures référendaires. Une attitude nourrie par une méfiance de principe vis-à-vis de ce type de consultation, par un refus de se prononcer sur des enjeux perçus comme institutionnels et déconnectés de la lutte des classes, ou - dans le cas particulier de Maastricht - par une répugnance vis-à-vis d'une campagne pour le "non" analysée comme "réactionnaire" et "ultrachauvine". "En votant "oui", les travailleurs appuieraient Mitterrand, en votant "non", ils se retrouveraient du côté de Le Pen", expliquait ainsi Mme Laguiller dans un éditorial de juin 1992 intitulé "Mascarade".
Cette ligne a été revalidée il y a un an, en congrès. "Si le projet de Constitution est soumis à référendum (...), nous appellerons à s'abstenir. Nous refusons de mêler nos voix à celles de l'un ou l'autre des deux camps de la bourgeoisie : celui qui se prononce pour une Constitution européenne et celui qui la refuse par souverainisme de droite ou de gauche", indiquait alors le rapport sur la situation internationale adopté par les délégués.
Mais depuis, la situation a été réévaluée. Lors d'une rencontre avec la LCR, il y a quinze jours, la délégation LO a laissé entendre devant ses ex-alliés que le "non" n'était plus exclu. Samedi 25 septembre, le sujet a été abordé lors d'une fête du parti à Rennes. Il fait par ailleurs l'objet de longues discussions sur un site Internet où s'expriment les militants de LO et où certains animateurs de ce forum se prononcent désormais pour le "non";
"On discute tranquillement, on s'est donné un mois et demi, deux mois pour prendre une position", confirme Henriette Mauthey, membre de la direction. La décision devrait être arrêtée lors du traditionnel congrès annuel de la formation début décembre.
MAASTRICHT EN MÉMOIRE
A la différence de la LCR, LO ne pense pas que le rejet du traité ouvrira une crise ou aura un quelconque impact sur la situation sociale. Son "non", s'il devait être retenu, serait surtout un refus circonstanciel, motivé par des considérations tactiques. Pour LO, il s'agirait avant tout de "garder l'oreille des travailleurs", de ne pas se couper d'un mouvement de rejet. LO ne veut pas se laisser isoler par le PCF, et garde un souvenir irrité des lendemains de Maastricht et de la campagne des communistes sur le thème "le traité est passé grâce à Arlette".
Le repositionnement est par ailleurs jugé possible grâce à un "non" de gauche perçu pour le moment comme moins nationaliste qu'en 1992 du fait, entre autres, de la perte d'influence des chevénementistes.
Caroline Monnot