Coup d'etat militaire en Thailande

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Message par Combat » 19 Sep 2006, 22:02

BANGKOK (Reuters) - L'armée thaïlandaise annonce avoir pris le contrôle de Bangkok, dissous le gouvernement, abrogé la Constitution, proclamé la loi martiale dans tout le pays et mis en place une commission chargée de mener des réformes politiques.

Le Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra, à New York pour l'Assemblée générale de l'Onu, a tenté de s'opposer à ce coup d'Etat en décrétant l'état d'urgence et un porte-parole de son gouvernement, également aux Etats-Unis, a affirmé que les autorités légitimes contrôlaient la situation.

Apparemment sans tirer un seul coup de feu, des blindés et des soldats ont occupé le siège du gouvernement et un porte-parole des putschistes est apparu à la télévision pour annoncer que l'armée et la police contrôlaient la capitale et les provinces voisines.

Toutes les chaînes de télévision ont diffusé les images de Prapart Sakuntanak, un général en retraite, qui a assuré au nom de l'armée que le pouvoir serait bientôt "rendu au peuple".

La loi martiale a été décrétée et tous les militaires ont reçu l'ordre de rejoindre leurs unités. Les putschistes ont interdit tout mouvement de troupes non autorisé par eux, ce qui laisse penser qu'ils redoutent une possible réaction d'unités qui seraient restées loyales au gouvernement.

Le général Prapart a précisé que les forces armées avaient mis en place une structure pour mener des réformes politiques et a accusé le Premier ministre d'avoir divisé le peuple thaïlandais "comme jamais dans l'Histoire", d'avoir favorisé la corruption et empêché les organismes indépendants de faire respecter l'esprit de la Constitution de 1997.

Weerasak Kohsurat, un ancien ministre, a déclaré à Reuters que, selon lui, la commission politique mise en place serait dirigée par un conseiller du roi, Sumate Tantivejakul, et qu'un gouvernement intérimaire serait formé.

Des élections seront rapidement organisées et Thaksin sera autorisé à y participer, a-t-il ajouté.

Après des manifestations contre sa politique à Bangkok, Thaksin avait convoqué des élections en avril dernier, comptant sur le soutien des électeurs des zones rurales. L'opposition l'avait accusé de manipulation et avait boycotté le scrutin, qui avait été annulé. Le parti du Premier ministre était largement donné favori de nouvelles élections prévues théoriquement fin novembre.

"Il n'y a aucun autre moyen de sortir de l'impasse politique, cela fait presque un an qu'il n'y a plus de démocratie, aucun gouvernement légitime", a déclaré un ancien responsable politique proche des milieux militaires.

La monnaie nationale, le baht, a chuté après la nouvelle du coup d'Etat.

A Washington, Frederick Jones, porte-parole du Conseil national de sécurité de la Maison blanche, tout en précisant que la situation n'était pas claire, a appelé "le peuple thaïlandais à résoudre ses désaccords politiques de façon pacifique et en accord avec les principes de la démocratie et du droit".
Combat
 
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Message par Raymond » 27 Sep 2006, 15:40

Article publié par ESSF

QUOTE Coup d’Etat en Thaïlande : un coup contre la démocratie et un mauvais coup pour le mouvement social

Correspondant
24 septembre 2006


Mardi 19 septembre, les généraux ont envoyé les chars et les troupes d’élites renverser un des rares gouvernements issu des urnes dans un pays où la monarchie constitutionnelle a plus souvent soutenu les juntes militaires que défendu la démocratie. La Thaïlande, qui n’avait pas connu de coup d’Etat depuis 1991, était présenté par les médias internationaux comme un exemple de démocratie dans une région où elle reste l’exception. Avec la même complaisance, on insiste sur le caractère « pacifique » d’un « putsch tranquille qui semble ravir les Thaïlandais » (la Tribune de Genève du 21/09/06).

Des images montrant des Thaïlandais (et même des touristes !) apporter des fleurs et de la nourriture aux soldats ou se faisant photographier à leur côté sont largement diffusés. Un sondage d’opinion assure que 83,9% de la population approuve un coup d’Etat qui mettra fin à la crise politique que traverse le pays depuis près d’un an. On imagine bien la liberté d’esprit d’un citoyen ordinaire recevant un appel téléphonique au lendemain du putsch, alors que les tanks sont dans les rues : « Au fait, le coup d’Etat, vous en pensez du bien ou du mal ? »

La junte au pouvoir explique avoir agi pour rétablir l’unité du pays, protéger le roi, mettre fin à la corruption et au népotisme, largement répandus, il est, vrai, sous l’ère Thaksin. Après l’adoption d’une nouvelle constitution, de nouvelles élections, « peut être en octobre 2007 » installeront un nouveau parlement et un gouvernement. En quelque sorte, un putsch pour sauver la démocratie. Il fallait y penser mais, en Thaïlande, les militaires y pensent très souvent. Il y a eu pas moins de 17 coups d’Etat sous le règne du roi Bhumibol, qui fête cette année avec faste deux anniversaires : le sien et celui de ses soixante ans de règne.

L’histoire débute en 1932. Cette année là, une « révolution démocratique » met fin à la monarchie absolue, impose une constitution et un parlement, oblige le roi à abdiquer et confisque ses propriétés. La famille royale n’aura de cesse de prendre sa revanche, rétablir son pouvoir et récupérer son immense fortune. Elle y parviendra après la seconde guerre mondiale. Les Etats-Unis ont besoin d’une base arrière solide et d’un gouvernement de fer pour lutter contre le communisme en Asie. La Thaïlande sera au cœur de ce dispositif. Bhumibol sera couronné en 1946 et apprendra à négocier avec des générations de dictateurs militaires brutaux et corrompus, pour le partage du pouvoir et des affaires. Les bourgeois intelligents apprendront à faire des donations généreuses à la famille royale qui en redistribue une partie à ses sujets sous forme de projets de développement agricole.

Il faudra ensuite reconstruire une légitimité historique, morale et religieuse pour masquer cette pompe à finance. Le rituel moyenâgeux de la cour (on s’agenouille, voire on s’aplatit) et la langue spéciale dans laquelle on s’adresse au roi, tombés en désuétude, sont rétablit avec soin, afin de matérialiser la soumission à l’autorité royale. Cette dictature bicéphale, monarchique et militaire, fonctionne bien à travers les décennies, malgré quelques révoltes des sujets matées dans le sang, notamment en 1973, 1976 et 1992. A chaque fois, la lutte contre le communisme en Thaïlande et dans les pays voisins, mais aussi la lutte contre les idées républicaines, sont invoquées par les militaires pour justifier la répression. Quant au roi, il est assez rusé pour apparaître comme celui qui modère la répression, tente de protéger « son » peuple et de trouver des compromis. Grâce à un endoctrinement systématique de la population depuis le plus jeune âge, et à une propagande faisant passer Staline pour un amateur, celui que l’on pourrait appeler le « grand-père » du peuple est adulé.

Si la machine est si bien huilé, comment expliquer le coup d’Etat actuel ?

La menace communiste a disparu, le mouvement ouvrier Thaïlandais a été écrasé et ne s’est pas encore reconstruit réellement. Aucun parti ouvrier d’ampleur national n’exprime les aspirations des travailleurs. La menace est venue d’ailleurs. Le rétablissement de la démocratie parlementaire en 1997 va conduire quelques années plus tard à l’élection d’un premier ministre, Thaksin Shinawatra, dont le tort sera de remettre en cause les subtilités du partage du pouvoir politique et économique entre la monarchie, l’armée et la bourgeoisie.

Thaksin Shinawatra, à la tête d’une fortune estimée à près de 2 milliards de dollars a été élu triomphalement par deux fois, en 2001 et 2005. Souvent qualifié de « Berlusconi asiatique », car son empire industriel et financier comprenait aussi une chaîne de télévision, Thaksin sera le premier politicien à s’intéresser aux pauvres, à s’adresser aux ouvriers et surtout aux paysans (50% de la population) pendant les campagnes électorales, et à mettre en œuvre des mesures dans le domaine de la santé, de l’éducation, du développement rural et local, qui sans résoudre vraiment et pleinement les problèmes de la vie quotidienne des gens, font la différence avec les gouvernements précédents.

Le Parti Démocrate, qui défend les intérêts de certaines fractions de la bourgeoisie tout en s’appuyant sur les classes moyennes de Bangkok, était l’interlocuteur traditionnel de l’armée et de la monarchie lors des épisodes démocratiques. Thaksin qui représente d’autres fractions de la bourgeoisie sera très populaire auprès des paysans du nord et du nord-est de la Thaïlande. Comme tous les politiciens qui l’ont précédé, il se servira du contrôle de l’Etat pour continuer de s’enrichir et d’enrichir ses amis. La construction du nouvel aéroport international, l’un des plus grands d’Asie fera beaucoup de jaloux chez les chefs d’entreprises qui n’ont pu y participer, car ne faisant pas parti du « clan Thaksin ». Mais surtout, Thaksin aura le tort de concurrencer la monarchie sur le plan de la popularité et des affaires mais aussi de ses prérogatives, tout en faisant des mécontents du côté de l’armée. En l’espace d’un an (2003-2004), il placera plus de 35 de ses parents et amis à la tête des principales unités, en opposition aux autres factions de l’armée notamment celles liées à la monarchie. Cela lui a entre autres permis de contrôler directement la répression de l’insurrection dans le sud de la Thaïlande. Dans un pays, comme souvent en Asie, où l’armée est aussi une puissance industrielle et financière, les conflits économiques avec le clan Thaksin ont certainement aussi joué un rôle important.

Thaksin tombera finalement à cause d’une « banale » affaire de corruption ayant donné naissance à une crise politique. En homme avisé voulant ménager l’avenir, il avait vendu son empire industriel et financier pour deux milliards de dollars à une entreprise publique de Singapour. Grâce au truchement de sociétés écrans situées dans des paradis fiscaux, il s’était arrangé pour ne pas payer un centime d’impôt. L’affaire a choqué l’opinion publique, et a donné lieu à des mobilisations de masse ininterrompues de janvier 2006 à la date du putsch. En réponse, Thaksin a convoqué des élections anticipées en février 2006, boycottées par l’opposition, mais qui ont confirmé sa popularité.

Ces élections ont ouvert une crise politique : une partie des députés n’ayant pas été élus à cause du boycott, la convocation du nouveau parlement était impossible. Le roi est alors intervenu publiquement, ce qui est rare, pour en substance désavouer Thaksin et demander de nouvelles élections. Celles-ci devaient avoir lieu en novembre 2006. Tous les pronostics tablaient sur une nouvelle victoire de Thaksin. C’en était trop pour la monarchie, une partie de l’armée, et des opposants impatients de revenir au pouvoir et aux affaires, en particulier le parti démocrate. Le coup d’Etat était dans l’air. Il a eu lieu sans coup férir. Qui était près à mourir pour Thaksin ?

L’activité des partis politiques et des syndicats est mise en sommeil. Les demandes des ouvriers et des paysans seront traitées directement par l’armée avec le résultat que l’on devine. Un putsch bien tranquille en quelque sorte, la bourse et l’industrie touristique sont repartis de plus belle.[/quote]
Raymond
 
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Message par Combat » 01 Oct 2006, 04:10

Un article des Cliffistes de l'ISO(International Socialist Organization) sur la question(en anglais):

http://www.socialistworker.org/2006-2/603/..._Thailand.shtml
Combat
 
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Message par Crockette » 17 Mai 2007, 11:14

c'était dans l'huma hebdo d ectte semaine :

des paysans ont occupé des terres de sociétés privées, la police leur a lancé un ultimatum, les paysans se sont serrés les coudes, du coup la police a chargé, a mis le paquet, et on voit dans le magazine, des gens torse nu couchés au sol avec des femmes à coté qui pleurent...
la police très efficace et sur-entrainés a arreté 800 paysans...qui ont eu le malheur de denoncer le fait que certaines étaient occupées par des entreprises alors qu'elles n'avaient pas le droit de le faire...+ 31 personnes blessées

ils occupaient une plantation d'huile d epalme...(l'huile de palme devient très rentable sur les marchés mondiaux car les industriels en foutent partout dans les gateaux les chocolats etc...)

avis aux touristes français qui sont un tout petit peu préoccupés par le sort des êtres humains sur la planète.

sur la photo on voit même des gosses assis parqués par les policiers, ils sont pas frappés certes, mais voir son papa couché à terre et humilié par la police, qu'en penseraient les psychologues ici ??? est ce une expérience enrichissante ? :dry:
Crockette
 

Message par abounouwas » 17 Mai 2007, 16:59

a écrit :avis aux touristes français qui sont un tout petit peu préoccupés par le sort des êtres humains sur la planète.


?
abounouwas
 
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